Le Rôliste
Specimen peu connu s'il en est, le rôliste est un individu rare et intriguant, tant dans son attitude et son langage que dans son style vestimentaire et son apparence générale. Il me semblait donc important, après l'étude de la poufiasse qui rappelons-le est une espèce en voie d'expansion, de me pencher sur le cas du rôliste, méconnu et ô combien fascinant, afin d'être le plus juste possible dans l'étude du genre humain qui se veut égalitaire, et donc de ne pas commettre de discrimination individu-courant/ individu-rare. De même que pour la poufiasse et parce que je trouve que la lecture en est facilitée et donc plus agréable, l'étude du rôliste suivra un plan organisé.
I - Critères anatomiques et biologiques
Le rôliste est relativement discret et n'est donc pas reconnaissable au premier coup d'oeil. Il est en outre assez difficile de reconnaître un rôliste uniquement grâce à son apparence ; néanmoins il existe quelques traits caractéristiques qui peuvent aider à identifier l'animal. Veuillez noter cependant que lesdits traits ne sont qu'indicatifs, et encore : nombre de rôlistes échappent à ces critères : la bête est difficile à cerner.
Le rôliste est souvent voûté, les épaules affaissées, et courbé, bref : il ne se tient pas droit. Il en résulte une démarche qui n'est pas sans évoquer celle du pingouin (observez le mouvement de la tête).
Au niveau capillaire, le rôliste a bien souvent les cheveux longs, mais pas toujours. Beaucoup d'entre eux ont une préférence pour une longue chevelure, qui les rapproche de la race de leur personnage, suivant la couleur (blond ==> Elfe, noir/brun ==> Humain, roux ==> Nain). Le rôliste porte souvent des lunettes, bien qu'une nouvelle mode émerge dans certaines régions : les lentilles de couleur (genre les lentilles qui font une ligne de mire à la place de la pupille)
Il n' y a guère plus à ajouter quant à l'anatomie du rôliste : les derniers détails entrent dans un registre un peu trop intime, point ne s'agit de sombrer dans la diffamation.
II - Comportement social
Si le rôliste est d'apparence assez rare, c'est avant tout parce que c'est un solitaire. Les rôlistes vivent entre eux, et quand le rôliste est seul, il ne se mélange pas aux non-rôlistes. Pour une raison simple, c'est que les non-rôlistes ne portent pas les rôlistes dans leur coeur. Avant tout à cause de leur humour, que les non rôlistes ne comprennent pas.
Exemples de blagues de rôlistes : "Qu'est-ce qui est rouge et qui sue dans le désert ? ==> Un Paladin en armure"
"C'est quoi la différence entre un Nain et une Naine ? ==> Aucune, les deux ont de la barbe"
Chacune de ces blagues provoquant une hilarité peu commune chez le rôliste.
Le rire du rôliste, à propos, permet de l'identifier immédiatement. En effet le rôliste a un rire incontrôlable, de type "bidonnage", qui ressemble plus à un halètement, et qui provoque à chaque fois une coulée de sueur qui permet, si vous n'avez pas reconnu le rôliste grâce au rire, de le reconnaître à l'odeur, car non, le rôliste n'a pas l'usage du déodorant, et pour cause : les rôlistes vivant entre eux, leur odeur leur paraît tout à fait normale. La question majeure étant donc : le rôliste trouve-t-il que les non-rôliste, équipés de déodorants et de parfums symptahiques favorisant une bonne insertion sociale (Boss, Armani Code et j'en passe), sentent mauvais ?
Le rôliste, quand il est pris dans un conflit, ne règle pas ses comptes à coup de poings ou de violence verbale, il règle le problème sur une partie de dés (ce qui d'ailleurs, est une méthode intéressante car non violente)
Les rôlistes fréquentent des tavernes, cercles et autres lieux de rencontre spécialisés. Lieux qui sont, il faut le reconnaître, pleins d'entrain et de convivialité...tant qu'aucun non rôliste n'est là. Car en effet, si vous voulez devenir rôliste, l'intégration au groupe est délicate et complexe. Il vous faudra oublier toute vie sociale, avoir une bourse garnie (prix des livres de règles oblige), et il faudra vous faire accepter des autres qui, tous, tenteront de vous faire rejoindre LEUR race, LEUR clan et LEUR guilde, et qui sont tout à fait capables de vous haïr ou de vous traîter d'hérétiques si vous choisissez la faction rivale. Enfin, l'intégration nécessite une chose difficile : l'assimilation du langage rôliste.
III - Le langage
Dernier aspect du rôliste qui, cette fois, permet de le reconnaître sans aucun risque d'erreur : le dialecte. Le rôliste en effet ne parle pas l'humain traditionnel, et ce quelle que soit sa langue maternelle. Un rôliste ne dit pas bonjour, il dit Tagazok. Un rôliste ne dit pas "hier j'ai galéré sur mon exo de proba", il dit "hier à Azeroth j'ai buté un thief leuvèle 63 en 2minutes c t dar c t po un noob"
Comprendre un rôliste requiert la maîtrise parfaite des sigles et abréviations : osef pour "on s'en fout", pgm pour "pro gamer"...
Le problème du rôliste, et son drame, c'est qu'il ne réalise pas que seuls ses semblables ont accès aux portes de ce dialecte étrange. Ainsi au moment de rentrer en cours il ne s'écrit pas "dépêche-toi de rentrer pour avoir les meilleures places" mais "rush !"
De même, un rôliste n'a pas la même logique dans la résolution des problèmes. Là où l'on dit "non mais s'il veut pas sortir avec toi c'est qu'il te mérite pas", le rôliste interrogé à propos du même sujet, pour remonter le moral de sa camarade, répondra par "ah mais osef de toute façon il a trop pas d' xp t'as un trop bon lvl pour lui". Quand il retrouve son meilleur ami après 2 mois de vacances, le rôliste ne le salue pas par "ouah t'as copine elle a des plus gros seins qu'avant" (salutation humaine "normale") mais par "ouah ta compagnonne elle a pris 10 points de charisme !"
Le rôliste a une méthode de séduction qui lui est propre. Il ne déclame pas, comme le romantique, des alexandrins aux douces sonorités qui en appellent aux doux sentiments des jeunes filles. Il ne met pas la main au cul, comme le beauf, pour en appeler aux hormones printanières de la femelle. Il ne dit pas, comme le séducteur dit "au-culot", ou "seducteur direct", "je passerais bien la nuit avec toi". Il ne bafouille pas vainement comme le timide pour en appeler à la pitié de la dulcinée. Enfin, il ne prépare pas son coup comme le prudent calculateur qui ne veut pas se risquer sans un minimum de garantie (ce que nous faisons tous plus ou moins). Non, le rôliste lui, arrive avec un T-Shirt FFJDR (fédération française de jeu de rôle), avec un pull Games Workshop ou avec un T-Shirt Xbox, Gamecube ou Sony ; sans parfum, et il dit une phrase peu compréhensible comme "je ferais bien un bout de donjon avec toi" ou "t'es ma quête du Graal" ou "pour toi je pourrais même affronter une Archiliche avec un seul poignard +4 et deux dés à 20 faces" (preuve d'amour peu évidente certes mais qui, suivant la force de l'Archiliche, peut s'avérer révélatrice.)
Vous l'aurez compris, le drame du rôliste, outre son incapacité à s'insérer dans un groupe non-rôliste et ce malgré sa gentillesse, sa noblesse d'ame et son héroïsme, c'est qu'il n'est pas né à la bonne époque. Il aurait davantage trouvé sa place dans un monde où l'on réglait ses comptes à coup d'épées, ou l'on gagnait sa belle dans un tournoi de chevalerie, où l'on menait de nobles batailles et où le sens de l'honneur existait encore. Bref, dans un monde un peu barbare certes, mais qui au moins aurait eu le mérite de ne pas être régi par des principes lâches et décadents comme notre monde actuel. Et pour cela, même si le rôliste est un animal curieux et, il faut bien le dire, parfois assez ridicule, il mérite le respect au sens ou lui fait partie des rares personnes sur Terre à avoir "bon coeur" (au sens ancien du terme).
ERRATUM : une remarque pertinente d'un rôliste m' a fait remarquer qu'en effet, certains traits de caractèrs du no-life s'étaient glissés à tort dans cet article. Les deux espèces sont en effet assez proches, d'où quelques confusions possibles. Voir les commentaires pour plus de détails.
A bientôt pour le volume 5 : la groupie



